communauté



« La fidélité — la vertu la plus hors de mode. Pas seulement la fidélité à l’autre, mais la fidélité à soi-même. L’inscription dans la durée, le désir de maintenir, la volonté de transmettre. Tout cela est discrédité, rendu absurde, par une époque qui ne valorise que la nouveauté, le sentiment de mouvement et l’instant présent.

Se sacrifier. Donner. Donner sans rien attendre en retour. Donner, non par devoir, mais en étant mû par la conviction que celui qui donne est toujours plus riche que celui qui reçoit — lequel a charge de donner à son tour. Au fond, c’est le seul vrai grand principe éthique. Tout le reste en dérive. »

 

Alain de Benoist


"La Théorie de la classe de loisir de Thorstein Veblen a été écrite comme un traité d’économie, mais par endroits – à l’instar des travaux de Freud et Darwin – il se lit de nos jours comme une tentative précoce de psychologie évolutionniste. J’ai décidé de fouiller dans ce sens après avoir lu le brillant essai de Venkatesh Rao, Le retour du Barbare. (http://www.ribbonfarm.com/2011/03/10/the-return-of-the-barbarian/ ) Rao a actualisé certaines des idées élémentaires de Veblen et les a utilisées comme point de départ pour argumenter sur les conflits entre les cultures sédentaires (qui investissent tout dans la civilisation et en deviennent complètement dépendants) et les pasteurs nomades (qui ont l’habitude d’improviser pour s’en sortir rapidement). J’ai été intéressé par la manière dont les traits que Veblen attribue aux Barbares se chevauchent avec l’essence archétypale de la masculinité que j’ai développée dans La mécanique des hommes. ‘La virilité-comme-barbarie’ propose une approche puissante pour développer une compréhension anti-moderne et extra-chrétienne des hommes et de la masculinité.

L’essai d’’Introduction’ qui ouvre le livre de Veblen est vivant, écrit avec éclat et rempli d’idées intéressantes. Le reste du livre, bien que parsemé d’observations intelligentes et indémodables, souffre du ressentiment d’un intello de la classe moyenne tant envers les voyous ‘délinquants’ que les élites prédatrices (qui, pense-t-il, ont beaucoup en commun) aussi bien qu’un bon nombre d’écrits et réflexions décousus et alambiqués sur des classes qui n’existent plus du tout sous la même forme.

Sa théorie de départ repose sur l’idée que les humains sont des sauvages relativement pacifiques qui acquièrent des habitudes de prédateur. Ces sauvages pacifiques – ‘nobles sauvages’ pourriez-vous dire – partageaient le travail et les ressources, et ne pouvaient pas se permettre qu’une classe d’individus s’abstint de faire certains types de tâches. Toutefois, à mesure que les hommes développèrent la capacité de profiter des autres créatures vivantes, incluant d’autres groupes d’hommes, la division du travail advint. Les hommes sont généralement mieux adaptés pour la chasse et le combat, donc la chasse et le combat devinrent des tâches masculines, et la femme se dédia aux tâches restantes. Cette division sexuée du travail apparaît au stade ‘inférieur’ de la barbarie, lorsque la technologie arrive à un point où la chasse et le combat sont possibles, et que les opportunités pour la chasse et le combat se manifestent assez régulièrement pour que l’action devienne culturellement importante pour le groupe. Par exemple, une île isolée remplie de fruits et légumes frais, mais sans porc à chasser, serait moins propice à une ‘habitude’ prédatrice de l’esprit.

Selon Veblen, le travail de l’homme barbare est caractérisé par l’exploitation. Il ‘récolte ce qu’il n’a pas semé’. Le Barbare viril prend ce qu’il veut d’une poigne violente et avec une volonté de fer.

Plus largement, le travail des hommes est lié au phénomène de l’animé. Veblen avance que, pour le barbare, ce qui est ‘animé’ n’est pas simplement ce qui est ‘vivant’. Tout comme son contemporain Thomas Carlyle, il reconnut que nos ancêtres habitaient un monde bien plus magique que le nôtre. Comme Carlyle l’écrivit dans Les Héros :

‘Pour l’homme sauvage et empli d’un amour profond, tout était encore nouveau, voilé par des noms ou des formules ; tout se tenait nu, l’éblouissant là, beau, affreux, indicible…
… Le monde, qui n’est désormais divin que pour les prodiges, l’était alors pour quiconque posait les yeux dessus.’

Le volcan colérique, la mer lunatique, le coup de tonnerre exclamatif et le claquement de l’éclair – tous sont animés comme un ours, un serpent ou un troupeau d’aurochs. Avant notre époque de vanité, le monde entier était vivant, d’une certaine manière. La tâche de l’homme fut de défier et maîtriser le monde, d’oser et de combattre sa fureur sauvage. Sauter par-dessus une crevasse, escalader une montagne, marcher avec peine à travers la poudre blanche qui tombe du ciel. Dans le vocabulaire de Veblen, le travail des hommes était un travail qui demandait de la ‘prouesse’, pas seulement des ‘efforts assidus’ et un ‘dur labeur’.

D’après lui, ‘quasiment tous les emplois industriels sont une excroissance de ce qui est classé comme étant un travail féminin dans les communautés barbares primitives.’ Les hommes consacraient leur force aux activités dynamiques. Les tâches ménagères simples – préparer la nourriture, faire des vêtements, l’exécution répétitive de tâches subalternes – étaient assignées aux femmes, aux faibles, aux infirmes, et aux esclaves.

La masculinité doit être prouvée, et le travail qui démontre de la Force, du Courage et de la Maîtrise, apporte cette preuve. Une carcasse fraîche, un buste de cerf, un collier d’oreilles, la femme de votre ennemi. Ces preuves d’exploit traduisent la réussite et le statut. Le trophée est une preuve physique d’honneur et une initiation réussie à la hiérarchie des hommes, une représentation symbolique de la domination démontrée dans le conflit avec les hommes ou les bêtes. Veblen écrit :

‘Sous cette approche barbare de bon sens de la valeur ou de l’honneur, la prise de la vie – le meurtre de redoutables concurrents, qu’ils soient bestiaux ou humains – est honorable au plus haut point.
Et cette haute responsabilité de massacrer, comme expression de la prépondérance du meurtrier, donne du prestige de valeur sur tout acte de tuerie et sur tous les outils et accessoires de l’acte. Les armes sont honorables, et leur usage, même pour tuer les créatures les plus misérables des champs, devient un honneur. Au même moment, l’emploi dans l’industrie devient ignoble et, comme le bon sens l’indique, la manipulation des outils et les ustensiles industriels sont bien en-deçà de la dignité des hommes physiquement valides. Le travail devient ennuyeux.’

L’accumulation d’objets d’honneur devient une fin en soi, et la théorie économique de Veblen est fondée sur l’idée qu’à mesure de la complexification des civilisations, les symboles et l’illusion de l’honneur deviennent plus importants que les exploits honorifiques eux-mêmes. Les classes supérieures font de la richesse ostentatoire et souvent dépensière une manière de vivre, et – surtout dans le système de caste ouverte de la société américaine – les classes inférieures et moyennes travaillent dur pour gagner de l’honneur en se procurant des biens hauts de gamme. Par conséquent, cela débouche sur l’obsession populaire des logos, des voitures de luxe et de toutes les diverses formes de tape-à-l’oeil et de butin.

Toutefois, il est plus pertinent pour notre discussion de parler de la faiblesse de Veblen sur les tâches viriles et les tâches efféminées. A mesure que la corvée de l’industrie croît en efficacité parmi ceux qui sont engagés dans des activités mornes, un surplus de biens permet aux hommes particulièrement talentueux ou des ‘élites’ de se consacrer aux tâches qui produisent peu de valeur ajoutée, mais qui touchent particulièrement au monde animé et à la mise en pratique ou la gestion de l’exploitation. Ces professions non-industrielles incluent le gouvernement, la guerre, les pratiques religieuses, et le sport. Dans le monde barbare, où l’exploit viril est une vertu, les hommes ayant le plus haut statut sont des guerriers, des prêtres et des rois. Les sportifs pratiquent des répétitions abstraites pour la guerre et la pratique ou la démonstration d’aptitudes qui s’appliquent à la chasse, au combat ou à la maîtrise de la nature. Le rôle légitime du prêtre barbare – comme conteur, chamane, philosophe, scribe et artiste – est d’intégrer les exploits des hommes dans le monde magique et animé. Le prêtre barbare présente le guerrier barbare par un récit convaincant. Comme dirait Mishima, le prêtre trouve la poésie dans les éclaboussures de sang.

L’interprétation de Veblen sur la culture prédatrice des brutes barbares – dont on trouve la preuve dans l’aristocratie de son époque – était quelque peu sarcastique. Veblen était clairement partial en faveur de la classe moyenne raisonnable et travailleuse, qu’il voyait comme moins concernée par la violence et l’exploit, et davantage liée avec les manières pacifiques des sauvages pré-barbares. De nos jours, tout porte à croire que la violence tribale a toujours été de l’or pour la gent masculine, comme elle l’est même chez nos proches ancêtres, les chimpanzés. Les sauvages soi-disant non-violents étudiés par les scientifiques et les explorateurs de l’époque de Veblen sont essentiellement vus comme des culs-de-sac [N.d.T. : En Français dans le texte] dans le développement culturel humain. Jamais dans les périodes de paix et d’abondance, les hommes n’ont eu tendance à se ramollir ou à vouer un culte à leur mère. Les hommes qui sont attirés par un mode de vie barbare – ou par son idée – mettent constamment en garde contre cette tendance. Installés comme nous le sommes dans ce cul-de-sac [N.d.T. : Idem] bonobo des faubourgs d’un empire mondial, la majorité des hommes modernes peuvent seulement rêver éveillés d’un âge de sang et de poésie, et écouter les histoires narrant les époques de grande aventure. (http://www.youtube.com/watch?v=jg8D8KwhP5g )

Si nous mettons de côté les fantasmes sur les nobles sauvages et reconnaissons le Barbare comme le père de tous les hommes, son attrait pour l’exploit et sa préférence pour les démonstrations de prouesse à la simple industrie aident à expliquer certains des conflits entre la virilité et notre mode de vie industriel (et post-industriel). Les passions anti-modernes des hommes, bien qu’elles soient souvent formulées dans les discours sur la grandeur de civilisations mourantes ou passées, sont aussi souvent liées à un désir ardent de revenir à des ‘valeurs barbares’ de sang, honneur, magie, poésie, aventure et exploit qui sont interdites à tous sauf à une minorité au sein de notre monde moderne ‘évolué’."

Jack Donovan

Traduction pour Technosaurus par Thibault Philippe
Article original : http://www.counter-currents.com/2012/10/the-manly-barbarian/

"Fondamentalement, parler d'économie locale c'est parler d'une population vivant sur un territoire. Pour que les gens se sentent concernés et participent, le point de départ est de reconstruire avec eux des communautés fonctionnelles. C'est un besoin de la société  contemporaine, particulièrement depuis la crise financière. Les gens réalisent que des communautés locales en bonne santé ne sont pas seulement nécessaires à leur bien-être, mais quelles sont aussi le fondement de leur sécurité. Chacun était jusque-là obsédé par une idée: avec de l'argent je n'ai besoin de personne, je suis une île. Étranger à la vie, ce système fonctionne un peu, pendant un temps. Mais on se réveille un jour et on s'aperçoit que les chiffres sur le disque dur de l'ordinateur ne sont pas comestibles. Nous avons besoin de vraie nourriture, d'une vraie source de chaleur en hiver. Or pour obtenir ces fameux chiffres, nous avons détruit nos ressources les plus précieuses. Il nous faut redécouvrir la signification de l'être humain, la valeur de la vie et l'importance fondamentale du lien avec ce qui nous entoure."

Made In Local - Daniel Korten: Dépasser l'économie suicidaire